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Le Génépi, c'est fini ?

Pour tous les étudiants

Un article d'Olivia Dufour, journaliste juridique, à lire dans la Gazette du Palais du 13 novembre 2018 (en accès libre et gratuit via votre ENT)

Le 20 septembre 2018, l’administration pénitentiaire a décidé de ne pas renouveler la convention qui l’unissait au Génépi et de lui couper ses subventions. L’avenir de l’association est incertain.

Ne cherchez pas, Génépi n’est pas un sigle. C’est une fleur qui pousse dans les endroits les plus arides en montagne. Cette association étudiante qui œuvre auprès des personnes incarcérées est née le 26 mai 1976 à l’instigation de Lionel Stoléru. Elle s’inscrit dans le vaste programme de réforme de la prison lancé par Valéry Giscard d’Estaing lors de son accession à la présidence de la République. Son objet ? « Collaborer à l’effort public en faveur de la réinsertion des personnes incarcérées par le développement de contacts entre les étudiants de l’enseignement pénitentiaire et le monde pénitentiaire ». « Il s’agissait de permettre à des gamins qui réussissaient leur vie de tendre la main à ceux qui étaient en train de la rater. Et de montrer aux futurs chefs d’entreprise du pays que les personnes détenues pouvaient constituer de bons travailleurs », commente l’avocate Amélie Morineau, une ancienne responsable de l’association. L’idée, très « droite catholique », change d’ADN en 1981. Le Génépi refuse en effet d’adhérer au durcissement pénal de la loi Sécurité et liberté d’Alain Peyrefitte. En 2011, survient une deuxième grande rupture. Le Génépi décide qu’il ne collaborera plus à une politique carcérale qu’il ne cautionne pas. Il entend agir désormais en faveur du « décloisonnement des institutions carcérales par la circulation des savoirs » entre les personnes incarcérées, le public et ses bénévoles. « Ce n’est pas qu’une question de sémantique, explique Amélie Morineau. On ne veut plus collaborer à une politique sur laquelle nous ne sommes pas consultés et à laquelle on ne peut adhérer ». Malgré tout, le Génépi s’engage à maintenir une majorité d’heures scolaires conformément à sa mission, le reste consiste à développer des activités socioculturelles qui vont de l’organisation de débats à l’atelier photo. L’administration pénitentiaire fronce le sourcil, mais le fondateur, Lionel Stoléru, veille. Sa figure tutélaire protège l’association. Et puis celle-ci bénéficie de solides soutiens dans le monde judiciaire. Et pour cause. « Le gros des troupes est constitué par des étudiants en droit. Le Génépi a donc formé plusieurs générations d’avocats, de magistrats, de psychologues, de médecins, d’historiens, de profs, de sociologues qui tous ont eu, après son passage, un regard différent sur la prison et ceux qui l’occupent », confie l’avocate. Il y a même d’anciens génépistes chez les actuels directeurs d’établissements !

Virage politique et faiblesses d’organisation. Seulement voilà, le virage politique de l’association, très critique à l’égard de la prison, ne facilite pas ses relations avec l’administration. Pas plus que son organisation d’ailleurs. « C’est une association d’étudiants dont le bureau est renouvelé chaque année, ce qui induit des changements de politique réguliers, tandis qu’en face on a une administration centrale puissante et des collaborateurs stables », analyse Amélie Morineau. Entre temps, de nouvelles associations ont émergé, moins virulentes. Commence alors un cercle vicieux. Les génépistes refusent de plus en plus d’activités, les établissements se crispent face aux refus mais aussi aux campagnes de dénigrement auprès de l’opinion publique. « Depuis l’origine, leur rôle consiste à faire essentiellement du soutien scolaire en complément du travail de l’éducation nationale. Ils ont voulu étendre leurs interventions vers d’autres activités ou missions qui ne semblaient plus en adéquation avec leurs activtés principales. Par ailleurs, au niveau national, le nombre d’heures d’intervention a diminué. Aussi et surtout, ils ont lancé des slogans hostiles du genre “l’État enferme”, “la prison tue”, confie Damien Pellen, premier secrétaire du syndicat national des directeurs pénitentiaires-CFDT. Dans certaines structures, des propos contre les missions de l’administration pénitentiaire ont été tenus par des intervenants avec les personnes détenues. Nous ne pouvons pas accepter que nos missions et notre travail soient assimilés à ceux de tortionnaires ». Pour ce directeur d’établissement, il faut aujourd’hui que le Génépi repense entièrement son rôle au sein de l’institution pénitentiaire et son organisation pour se concentrer sur sa mission première « le soutien scolaire » auprès des personnes détenues. Selon les chiffres communiqués par la Chancellerie, le nombre d’heures effectuées par le Génépi est passé en effet de plus de 12 000 en 2014/2015 à moins de 3 000 heures pour le dernier exercice, dans un nombre d’établissements lui aussi en baisse conséquente (de 79 à 52 établissements). « Forcément, les SPIP débordés nous répondent de plus en plus tard, on leur propose des activités en octobre, les ateliers commencent en mars, justifie Sophie Chardon, vice-présidente du Génépi. Il est vrai que nous refusons aussi de participer à des activités qui seraient un substitut du service public ou bien qui heurtent les principes essentiels, par exemple une surveillance qui empêche les détenus de s’exprimer librement, des fouilles à nu… »

Quatre salariés et un local en sursis. Lionel Stoléru disparaît en 2016. C’est aussi l’année où l’administration décide de réduire le budget du Génépi. Jean-Jacques Urvoas sauve la situation. Mais les jours de la collaboration entre le Génépi et l’administration sont comptés. Le 20 septembre dernier, cette dernière a annoncé qu’elle ne renouvelait pas la convention triennale parvenue à échéance et donc les 50 000 € de subventions qui vont avec. Interrogée sur le sujet le 5 novembre sur France Inter, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a indiqué que les génépistes pourraient néanmoins continuer de visiter les établissements. « Ce n’est pas le cas, les établissements nous ferment la porte les uns après les autres. En région parisienne par exemple, nous ne pouvons plus entrer dans aucun établissement », commente Sophie Chardon. L’association ne dépend pas financièrement uniquement de l’administration pénitentiaire, elle est aussi subventionnée par d’autres ministères et collectivités. Mais si elle n’entre plus en prison, elle risque de perdre tous ses subsides. « Nous avons quatre salariés et un local rue Charles Fourier mis à disposition par l’administration. Les rumeurs disent qu’on va nous expulser », s’inquiète Sophie Chardon.

La coupe est pleine. Du côté du ministère de la Justice, il n’a pas été digéré par exemple qu’en mars 2017, le Génépi décrive les mutineries de Poitiers-Vivonne comme « des actions collectives de résistances aux conditions de détention et à l’arbitraire des permissions de sortir et des aménagements de peine ». Quant à l’affiche de recrutement de bénévoles intitulée « La prison nuit gravement à la société », elle ne passe pas non plus. Si on ajoute à cela la baisse drastique du nombre d’heures effectuées, la coupe est pleine. « Pour ces raisons, la convention qui liait le Génépi à l’administration pénitentiaire ne peut être reconduite. Cette décision a été confirmée aux membres du Génépi, reçus à la Chancellerie par le cabinet de la garde des Sceaux le 29 octobre dernier », déclare le ministère, qui s’engage néanmoins à donner « des directives claires au sein de la direction de l’administration pénitentiaire pour accueillir au sein des détentions les bénévoles du Génépi qui souhaitent continuer à assurer la mission poursuivie initialement par l’association ». L’affaire a rebondi le 8 novembre avec un communiqué de protestation conjoint de l’OIP, du SAF et de l’Association des avocats pour la défense des droits des détenus, soutenu par Henri Leclerc. Il appelle le ministère à revoir sa décision : « Il est encore temps pour le gouvernement de faire machine arrière et de renoncer à porter un énième coup à la richesse et à la diversité de la société civile ». La ministre va adresser d’ici peu une lettre au Génépi.

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